Brèves n°10

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Les brèves de Cinézic : l’actualité du film musical. N° 10. Avril 2020.

Les fulgurances musicales du cinéma français : Des films français qui n’ont rien de musical mais qui intègrent des moments musicaux de grâce.

« La belle équipe » de Julien Duvivier. 1936. 101mn. Julien Duvivier va s’illustrer au sommet du cinéma français pendant une trentaine d’années de 1930 aux années soixante. A la fin du cinéma muet il adapte « Au bonheur des dames » puis dans les années tente il commence à travailler avec Gabin ( « La belle équipe », « Pépé le moko ». Pendant la guerre il préfère s’exiler et travailler aux USA. Après la libération il poursuit son œuvre dans la veine pessimiste et noire sur la condition humaine (« Panique », « Marie Octobre » « la fin du jour ») quitte à dérouter parfois le public français. Mais on lui doit aussi le premier volet de « Don Camillo » qui, lui, connaît un gros succès populaire.

Dans « La belle équipe », sorti en septembre 1936, cinq chômeurs incarnés par Gabin (Jean), Vanel ( Charles), Raymond Aimos (Tintin), Charles Dorat ( Jacques) et Raphaël Médina (Mario, réfugié espagnol sous le coup d’une expulsion) gagnent le gros lot de la loterie nationale. Entraînés par le charismatique Jean, ils décident de se grouper pour racheter un vieux moulin et le transformer en guinguette . Si dans un premier temps la vie est belle pour les cinq, les ennuis ne manquent de se profiler et de venir à bout de la belle équipe.

Le film sort en septembre 1936, juste après la victoire électorale du front populaire, les grèves (plutôt joyeuses) de mai, les accords Matignon, et les premières lois du gouvernement de Blum dont la fameuse création des congés payés. L’ambiance est à la joie. Une joie exprimée par un des plus célèbres passages du film : dans la guinguette qui fait le plein d’une clientèle populaire enfin à même de profiter des beaux jours, Jean défile au milieu des tables avec un accordéoniste en chantant « Quand on s’promène au bord de l’eau ». Tout un symbole, une « embellie »dans les vies populaires comme le dira Léon Blum devant les juges du procès de Riom, et comme le titre du beau roman de Jean Pierre Chabrol.

Dans une première version, le film se termine mal. L’équipe se réduit au fil des malheurs et les deux derniers, Jean et Charles, se disputent la même femme et Jean finit par tuer Charles, comme une prémonition des années qui viennent. Une fin que le public, tout à sa joie, n’apprécie pas au point qu’on exige de Julien Duvivier une autre fin à son corps défendant : la belle Gina (Viviane Romance), femme de Charles, finira par s’effacer pour sauver l’amitié entre les deux hommes.

Du même Julien Duvivier, « Pépé le Moko » s’impose dans cette rubrique par la présence de Frehel, immense chanteuse réaliste à la vie tragique dans la première moitié du 20ème siècle. Le film, sorti en 1937 (94 mn) illustre la relation privilégiée entre le réalisateur et Jean Gabin. Ce dernier interprète un caïd de la pègre parisienne, Pépé le Moko, réfugié dans la casbah d’Alger, bien protégé par le milice et pisté par l’inspecteur Slimane. Le truand croise la belle Gaby, parisienne en goguette, et en tombe amoureux ce que n’apprécie guère sa fiancée Inès. L’inspecteur Slimane tisse sa toile.

La scène culte représente Pépé allongé en train de s’ennuyer ferme alors que la vieille Tania s’occupe du ménage et rêve de ses jeunes années glorieuses. Et c’est là que c’est fort, Fréhel est bien cette vielle femme abîmée par l’alcool et la drogue, au succès vacillant qui, dans le rôle de Tania, met un disque sur l’électrophone pour écouter la chanson « Où est-il donc ? », chanson pleine de la nostalgie de Paris, sous les yeux d’une belle jeune femme épinglée au mur, qui n’est que autre que Fréhel jeune. Tania entonne cette chanson, sa chanson, alors que les larmes lui viennent.

Fréhel est née en en 1891 dans un milieu pauvre que n’épargne pas la prostitution comme moyen de survie. Ce qui peut expliquer son goût, et son talent pour les chansons réalistes qui ne sont pas à l’eau de rose. Elle est considérée comme beaucoup comme une des plus grandes chanteuses françaises et son influence reconnue est certaine (Gainsbourg, Higelin, Trenet, Renaud). Elle fait l’objet d’un regain d’intérêt auprès de la jeune générations de la chanson française. « La java bleue, « la coco », « la chansons des fortifs » font partie de ses plus grands succès. Mais la vie est cruelle, malgré des retours porteurs d’espoir, c’est bien seule que Fréhel mourra dans un sordide hôtel de Passe rue de Pigalle en 1951.

Alors profitons de cette grande dame dans « Pépé le Moko : https://www.youtube.com/watch?v=NLufu3yR7LU

PS : Petit rappel, c’est bien le personnage de Fréhel, interprété par Yolande Moreau, que Gainsbourg jeune rencontre dans « Gainsbourg, vie héroïque » en chantant « la Coco ».

« Tirez sur le pianiste » de François Truffaut. 1960. La nouvelle vague (fin des années 50, fin des années 60)vient de prendre son envol. Avec Godard, Rohmer, Rivette, Malle, Varda, Resnais…  François Truffaut va marquer le cinéma français et mondial. En 1959, François Truffaut rencontre le succès avec « Les 400 coups », premier volet de la saga Doinel. Mais son escapade dans le cinéma noir, policier l’année suivante avec « Tirez sur le pianiste » sera un échec. Et pourtant, cette adaptation d’un roman de David Goodis, « Tirez sur le pianiste » ne manquait pas d’atouts avec Charles Aznavour dans le rôle d’un pianiste (plutôt bon d’ailleurs). Mais ce n’est pas cette prestation qui vaut au film de figurer dans cette chronique, ni même à la chanson « Dialogue d’amoureux » entendue dans une voiture sur une radio et interprétée par le jeune Félix Leclerc et Lucienne Vernay (Mme Canetti), mais bien l’apparition hallucinée de Boby Lapointe dans le bistrot pour interpréter « Framboise » (l’ami Alex adorait cette chanson. Lui et ses copains du Valentin la chantaient par cœur NDLC). L’élocution rythmée du chanteur, la finesse des calembours et jeux de mots imposent un sous titrage de la chanson. Cette apparition reste un des grands témoignages de la carrière du talentueux natif de Pézenas.

Charles Aznavour joue le rôle d’un pianiste de bistrot (Charlie Kohler), ancienne star sous le nom d’Edouard Saroyan, mêlé à des histoires de bandits par son frère. En fait le film est une réflexion sur les femmes, sur les rapports hommes femmes. Edouard Saroyan se confronte à son ex-femme qui s’est suicidée après avoir couché avec son imprésario pour lancer la carrière de son mari, Clarisse (Michèle Mercier) prostituée au grand cœur toujours prête à dépanner avec tendresse et Hélène (Marie Dubois) serveuse dans le bistrot sur laquelle le patron a jeté son dévolu et Edouard son amour. Un extrait : https://www.youtube.com/watch?v=X4BY8h9B92M

Sortie : « Judy » de Rupert Goold. Biopic. 1H58.

Une des dernières sorties (février 2020) avant le confinement qui bouleverse la vie du cinéma. Ce biopic classique qui revient sur la dernière année de la vie de la star Judy Garland n’échappe pas aux clichés du genre. Il faut dire que sa vie se prête au mélo. Poussée sur la scène dès son plus jeune âge par ses parents, Judy Garlan connaît une consécration mondiale grâce au film « Le magicien d’Oz » (1939) film musical de Victor Fleming dans lequel elle tient le rôle principal (Dorothy) et interprète le succès « Over the Rainbow ». Le film est considéré comme le plus vu dans le monde.

Judy Garland tournera ensuite dans de très nombreuses comédies musicales dont « A star is born » de George Cukor. Elle travaillera avec Vincente Minnelli qui deviendra son mari et le père de Liza Minnelli. Là, les désordres conjugaux, les abus d’alcool et de médicaments pris à l’instigation de ses employeurs auront raison de sa carrière cinématographique. Elle reviendra ensuite en se consacrant au music-hall. Le film porte sur sa dernière tournée londonienne en 1969 où elle vit l’épreuve d’une femme déchirée entre son rôle de mère et sa carrière. Le film vaut pour la prestation de Renée Zellweger qui, pour interpréter Judy Garland, travaille le chant pendant un an (elle chante elle-même les chansons du film) et restitue minutieusement le personnage de la star. Judy Garland meurt à Londres suite à une excessive prise de médicaments.

Bande annonce : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19584772&cfilm=260048.html

Les pépites de l’orpailleur : « Nha Fala » de Flora Gomes. 1H29. 2002. Une comédie musicale à l’africaine sur une musique de Manu Dibango. Belle occasion de rendre hommage au saxophoniste camerounais emporté par le covid 19. « Nha Fala » est une comédie musicale de Florent Gomes, originaire de Guinée Bissau ,et très impliqué dans le processus de décolonisation de son pays. Son cinéma est engagé au cœur de l’Afrique. La jeune Vita, inter pétée par Fatou N’Diaye, est sous le coup d’une

malédiction : dans sa famille, celui qui chante mourra. Exilée en France elle rencontre un jeune musicien, Pierre (Jean Christophe Dollé), dont elle tombe amoureuse et qui, subjugué par sa voix, la pousse à enregistrer. Vita décide de retourner au pays et de s’expliquer avec sa mère. Pour Flora Gomes, la quête du chant est une quête de liberté, une conquête de son droit d’expression pour la jeune fille. Très coloré, très dansant, le film s’inscrit dans une parenté avec le cinéma de Jacques Demy avec Manu Dibango dans le rôle de Michel Legrand et Fatou N’Diaye alter égo de Catherine Deneuve.

La bande annonce : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18353583&cfilm=47420.html

Rubrique : Nous ne sommes plus seuls dans l’univers.

Un de plus ! Le festival du film musical de Suresnes a tenu cette année sa deuxième édition sur 5 jours du 28 janvier au 2 février . Animation musicale, karaoké, animation enfants au programme et 13 films dont « Judy », Dirty Dancing, « A hard day’s night », soirée Bollywood avec Bajirao Mastani, « Un américain à Paris »,« Le criquet » (programmation enfant). Et en clôture « Le magicien d’Oz » de Victor Flemming avec Judy Garland.

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